Bruce Lee et sa flûte silencieuse

26 décembre 2007

LA FLÛTE SILENCIEUSE (textes regroupés par Gabriel Grid)

Le rêve de Bruce Lee (1940-1973) était de réaliser un film qui montrerait au monde la beauté et la véritable signification des arts martiaux. Il avait commencé à y penser vers le milieu de l'année 1968, quand il s'est aperçu que sa condition d'oriental ne lui fournirait que de petits rôles dans le cinéma ou la télévision. Bien qu'il n'ait pas de scénario proprement dit, il avait écrit un brouillon d'environ 18 pages, les arguments pour réaliser son film, qu'il pensait intituler The Silent Flute (La Flûte Silencieuse). Il y raconterait l'évolution à différents niveaux d'un artiste en arts martiaux qui doit passer des épreuves tout au long de son chemin. Bruce l'a expliqué à un journaliste: "C'est une étude de l'évolution et de l'attitude d'un homme au fur et à mesure de ses rencontres, et qui se trouve confronté avec la mort et l'amour et cherchant la vérité vraie".

La flûte à laquelle faisait référence le titre n'était qu'une métaphore sur l'appel de l'âme que seulement certaines personnes peuvent entendre. Pendant cette recherche de la vérité définitive et de la compréhension de soi-même, le chercheur se confronterait à diverses épreuves, vivrait des révélations, ferait face dans des combats à des adversaires et contre ses propres doutes et ses peurs. Bruce était trés conscient qu'il n'avait pas beaucoup d'expérience dans le monde du spectacle, et qu'aucun studio d'Hollywood ne risquerait son argent dans un film joué par un acteur oriental pratiquement inconnu. Aussi a-t-il décidé de recourir à ses célèbres élèves pour mener à bien le projet. L'un d'eux serait la vedette, tandis qu'il se serait réservé plusieurs rôles secondaires qui, à la fin, deviendraient la partie la plus importante du film. "Je pourrais jouer quatre rôles différents si je ne trouve pas de bons acteurs pour chaque rôles. En plus d'être de bons acteurs, ils doivent aussi être d'excellents lutteurs".
Bruce avait les idées claires sur ce qu'il voulait transmettre au public, aussi a-t-il demandé à Stirling Siliphant (1918-1996) de l'aider à écrire le scénario et celui-ci a accepté.
(source: "Bruce Lee l'homme derrière la légende" de Marcos Ocana, aux éditions Europpéenne de magazines)

Extraits de lettres écritent par Bruce à George Lee en avril et septembre 68: "Dès qu'il aura fini de tourner Bullitt, Steve McQueen va prendre un scénariste pour démarrer un film de Kung Fu auquel je vais participer. Ainsi ce sera le démarrage de ce film". 
"Je pars au Mississippi avec Steve McQueen. Le projet de faire un film sur le Jeet Kune Do franchit une nouvelle étape. Stirling Silliphant est impliqué dans l'écriture du script. Nous travaillons ensemble et ça roule".
(
source: Correspondre avec Bruce Lee)

JUSAKUNGFU9 

Le premier choix de Bruce pour interpréter Cord, le chercheur qui est la vedette de l'histoire, a été Steve McQueen (1930-1980), un de ses élèves et ami. Mais finalement McQueen a rejeté la proposition en disant qu'il était trés occupé, mais quand Bruce a insisté pour connaître la vraie raison: "Sois honnête". McQueen a été sincère: "C'est un film pour faire de Bruce Lee une star. Je t'aime bien mais ce n'est pas mon problème. Je ne vais pas te supporter". Bruce n'a rien dit sur le moment, mais cette réponse avait touché une fibre extrêmement sensible en lui. Juste après être sorti de la maison, il a affirmé à Siliphant: "Je vais être plus connu que lui".

Steve_McQueen_Lee_Fumio_Demura


Steve McQueen est l'acteur que Bruce respecte le plus, mais il pense peut-être, non sans raison, qu'il est trop proche de lui; Steve comme Bruce, est une boule de nerf qui ne reconnaît aucune autorité; c'est plutôt l'inverse qu'il faut à Bruce, une personnalité souple, liante, et arrangeante... comme James Coburn! (source: Bruce Lee 1940-1973 de Christophe Genet)

Stone_Coburn_Norris_Lee snl

Après McQueen, ils sont allés tous les deux voir James Coburn (1928-2002), qui vu son intérêt pour la philosophie orientale et son attachement dans les arts martiaux, a accepté de jouer le rôle principal. Mais dès l'arrivée de Coburn, Siliphant a refusé en alléguant qu'il était déjà fatigué d'écrire par obligation. Dans une tentative pour calmer le jeu, les trois hommes ont décidé de contacter un scénariste début 69 pour qu'il donne forme aux idées de Bruce. La tâche a été confiée à Mark Siliphant, neveu de Stirling et auteur qui avait plus la vocation que l'expérience, mais les résultats n'ont pas été du tout satisfaisants. (source: "Bruce Lee l'homme derrière la légende")

bruce_et_james_coburn_tapes
 
james_coburn_tapes

Extrait d'une lettre écrite par Bruce Lee à George Lee: "Ainsi que je te l'ai déjà mentionné, nous préparons un scénario, Coburn, Silliphant et moi. Les stars en seront Coburn et moi. Nous espérons démarrer le tournage à la fin de cette année, si l'emploi du temps de Coburn le permet. Sinon, ce sera en mars prochain. Dans tous les cas, ce sera le début de quelque chose de vraiment, vraiment grand pour moi".

Extrait d'une lettre écrite par Bruce à M. Jhoon Goo Rhee en mars 69: "Nous avons eu vendredi dernier une réunion de travail sur le projet "Leng", Coburn, Siliphant et moi. Leng est le nom de code pour notre film d'arts martiaux. Leng est un mot chinois qui signifie "magnifique". Dans tous les cas ce sera une avancée majeure. Stirling ne s'est pas formalisé que son neveu Mark ait été écarté du travail d'écriture, et il est d'accord, ainsi que Coburn pour louer les services d'un professionnel pour ce travail. Nous allons accélérer le processus dès qu'un scénariste arrivera avec le premier jet. Nous avons une autre réunion la semaine prochaine. Tout se met en plan pour une énorme affaire".
(source:"Correspondre avec Bruce Lee"-Guy Trédaniel éditeur)

Bruce, Silliphant et Coburn souhaitent tourner le film en Thaïlande, au Japon et au Maroc. Les personnages du film s'exprimant dans leur langue.

Bruce Lee anticipe une nouvelle vision cinématographique. Une vision avant-gardiste de l'action dans laquelle seront combinées toutes les formes de défense et d'attaque du corps humain, l'art martial. Bruce: "Il y eut une époque pour immortaliser le héros de western, puis l'escrimeur. Le tour de l'art martial viendra bientôt si je réussis à faire avec James Coburn (Notre homme Flint) un nouveau film dans lequel nous partagerons la vedette, The Silent Flute. J'aime beaucoup le travail d'acteur. Mon prochain rôle sera formidable: The Silent Flute. Il y aura James Coburn, et plein d'artistes martiaux du monde entier. Nous tournerons au Japon". (octobre 69- source: Paroles de dragon aux éditions Guy Trédaniel éditeur)

Siliphant tout comme Coburn ont décidé d'investir 12 000 dollars pour engager un scénariste professionnel, lequel a présenté un projet qui, à la plus grande déception de tous, avait transformé les idées de Bruce en une histoire de "science fiction et de sexe", selon Siliphant lui-même. Ils ont écarté ce scénariste et, en voyant que Bruce était chaque fois plus désespéré, Silliphant a finalement accepté et a proposé une écriture régulière du scénario trois jours par semaine.
Linda Lee: "C'était purement amical; il n'y avait aucune garantie de production. Les mois suivants, ils se sont réunis chaque lundi, mercredi et vendredi de 16h à 18h, en se promettant qu'il n'y aurait aucune interférence dans cet horaire: aucun oubli ou excuse de travail ou familial jusqu'à ce que ce soit terminé".

Ils se sont mis à fond dans ce que Bruce a baptisé Projet Leng (du cantonais Beau Projet, qui était le nom pour désigner The Silent Flute). Avec ce rythme de travail, le scénario a pris forme et une fois achevé, Silliphant s'est consacré à la finition en mai 70 et il fut prêt à remettre à Ted Ashley, dirigeant de la Warner Bros. Coburn serait la vedette et Bruce jouerait cinq rôles différents qui deviendraient un des grands attraits de l'histoire. La Warner a aimé le scénario et ils ont accepté de le mener à bien, mais ont mis une condition irrévocable: le film devrait être tourné en Inde, où la production avait une somme importante de roupies bloquées (l'argent que les films de la Warner avaient rapporté en Inde et que le gouvernement indien refusait de remettre aux Etats-Unis). Cela ne convenait pas avec l'idée originale de Bruce qui proposait une histoire orientale qu'il pensait tourner au Japon et l'Inde n'offrait pas les paysages qu'il souhaitait, et n'avait pas de lutteurs qui pourraient être à la hauteur du projet. Mais comme c'était mieux que rien, les trois hommes ont accepté la proposition. "Je fais un film, The Silent Flute, pour la Warner Bros cet automne en Inde, le film est basé sur les arts martiaux et sortira en 72", a écrit Bruce à William Cheung.

Extrait d'une lettre écrite par Bruce en janvier 70 à Wong Shun Leung: "Récemment, j'ai constitué une société de production cinématographique. J'ai également écrit une histoire La Flûte Silencieuse. James Coburn et moi jouerons dedans. Stirling Silliphant est l'auteur du scénario. C'est un fameux scénariste. Nous avons en projet de faire le tout premier film d'arts martiaux produit à Hollywood. Les perspectives sont bonnes. D'ici six mois, le tournage va commencer. Tous ceux qui vont participer au film sont mes élèves. Dans le futur, Steve McQueen pourrait également travailler avec moi. Je suis vraiment enthousiasmé par cette perspective".
Lettre écrite en février 70 à William Cheung: "Je ferai en Inde à l'automne prochain un film intitulé La Flûte Silencieuse pour Warner Brothers. Le film est basé sur l'art martial et sera distribué en 72. Tu vas l'adorer. J'ai écrit l'histoire originale. Le scénario est un effort commun, supervisé par Stirling Silliphant, un des scénaristes les plus doués d'Hollywood". (source: Correspondre avec Bruce Lee)

La fin que Bruce avait imaginée pour The Silent Flute, quand le chercheur trouve le livre et y voit son reflet, découvre que la réponse qu'il cherche se trouve en lui; alors, si la réponse est en soi, il n'a pas besoin d'emporter le livre. Bruce idéalisait l'image de cette fin; il l'a d'ailleurs recyclée pour son Game of death. (source: Bruce Lee l'homme derrière la légende)

A la base, c'est l'histoire de la quête d'un homme sur la voie de sa libération, son retour à son sens de la liberté originelle. Au contraire du héros de western le plus rapide l'Ouest, le personnage n'a pas affûté ses outils pour détruire son antagoniste; au lieu de cela, ses coups de pied latéraux, ses revers de poing, ses crochets et ainsi de suite, sont d'abord dirigés contre lui-même. (extrait d'une note de Bruce intitulée The Theme pour The Silent Flute, mai 1970- tirée du livre Vivre avec Bruce Lee aux éditions Guy Trédaniel éditeur)

Bruce Lee: "Il est temps que nous ayons un héros oriental".
Lee commence à siffler un thème du film en battant la mesure sur la table à café. Il a l'air d'un gosse heureux. Un gosse heureux particulièrement redoutable.
"Dans ce film, il y aura quelque chose qui touchera des personnes très différentes à des niveaux très différents. Il y aura assez de violence pour satisfaire presque n'importe qui. Ensuite il y aura l'étude de l'évolution d'un homme, et la façon dont Coburn rencontre des gens, découvre la mort et l'amour, à la recherche de l'ultime vérité". (source: Paroles de dragon aux éditions Guy Trédaniel éditeur)

"Chaque homme doit chercher sa propre réalisation. Aucun maître ne peut la lui donner." (citation tirée des notes manuscrites de Bruce pour Silent flute, 1970) 

Bruce, Coburn et Siliphant annoncent leur projet de film sur l'âme des arts martiaux dans le magazine de karaté américain Black Belt (parution en octobre 70):

black_belt_octobre_70

The Making Of THE SILENT FLUTE
Un éminent artiste martial, un acteur au top et un scénariste primé ont uni leurs forces pour capturer "l'âme" des arts des combats sur celluloïd. Ils espèrent répandre le message de l'évolution d'un homme dans le cadre des arts martiaux.
La réunion a eu lieu au bureau d'affaires de la production Pingree, sur Sunset Boulevard. Une première entrevue exclusive a été accordée à Black Belt Magazine pour annoncer à la communauté des arts martiaux un prochain film, "The Silent Flute", qui est un effort de collaboration de Bruce Lee, James Coburn et Stirling Silliphant.
C’est une combinaison inhabituelle de forces pour une entreprise inhabituelle. James Coburn et Stirling Silliphant sont tous deux depuis longtemps étudiants auprès de Bruce Lee en Jeet Kune Do, mais plus que cela, c'est l'alliance et les tentatives de trois personnalités stellaire.

40846633qj0

La force motrice derrière cette décision de saisir « le cœur et l'âme » des arts martiaux au cinéma ne provient pas seulement d'un homme. Il s'agit d'un effort d'équipe, comme l'explique Lee, « Stirling et Jim font des arts martiaux le plus grand crédit jamais fait. Dans les films hollywoodiens, par le passé, les seules choses qui étaient mises en évidence c’est le typique cassage de décors. Pas une seule fois ils sont vraiment allés dans le vrai esprit des arts martiaux.
«C'est un rassemblement de plusieurs forces »
, intervient James Coburn, «nous avons utilisé les arts martiaux pour la base de l'histoire, bien qu'elle ne soit pas strictement sur les arts martiaux. Les arts sont utilisés comme un outil pour décrire l'auto évolution d'un homme. Les arts martiaux deviennent alors vraiment un moyen de parvenir à une fin ».


BESTOFBRUCELEE005B


Fascination pour la métaphysique orientale

Comme pour lui-même, Stirling a expliqué qu'il est très différent de James Coburn dans la mesure où il a été très occidental dans ses perspectives, mais il a toujours eu une fascination pour la métaphysique orientale. Il ne s'y est pas mis le plus profondément comme Coburn, ni structuré son style de vie aux croyances asiatiques: «Je crois vraiment en elle", confie Silliphant, "J'ai un infini respect pour ça, et je suis dans la crainte d’une grande partie de cela. J'ai trouvé que nous (Coburn et Stirling) avons une grande quantité de choses en commun dans nos croyances spirituelles. Les arts martiaux, en ce qui nous concerne est une partie de cette métaphysique, partie orientale de cette expression spirituelle. Nous savons qu'il est fondé sur l’aspect pratique. Nous comprenons ses origines et ses usages, mais nous n'étudions pas les arts martiaux à ces fins ».

« Tout cela mis à part, et le fait que ce soit un exercice merveilleux et nous sommes très friands de Bruce, je crois qu'il nous a enseigné beaucoup de tout ce que nous savons dans le domaine des arts martiaux -nous avons pensé que c'était un bon sujet pour un film. Un type de film qui n'a jamais été fait dans le cadre des arts martiaux. Nous avons commencé à venir ensemble, de façon informelle dans les premiers temps ». Puis, avec de la régularité, maintenant les trois se réunissent plusieurs fois par semaine chaque fois qu'ils sont tous en ville.

6888op

Le scénario du film est centré autour de, comme l'explique Coburn, « l'évolution de l'homme dans le cadre des arts martiaux ». Le film ne se limitera pas à un style, mais aura un stade à partir duquel sera présenté différents styles et écoles d'arts de combats peut-être avec un bon échantillonnage d'autres arts martiaux.
L'histoire a été écrite par Bruce Lee, mais le script du film est, à ce moment-là, en pleine mutation comme la version finale du projet sera l'aboutissement des réflexions et des personnalités de ces trois hommes. Ensuite, le scénario sera écrit par la main agile de Silliphant. Ils ont discuté le film scène par scène, séquence par séquence, écrit l'ébauche de toute l’histoire pour le scénario. Cette approche pour la production d'un film est une nouvelle approche, pas comme on obtient un script, l'esquisse des grandes lignes des personnages, correspondant aux acteurs, la caractérisation, et enfin la recherche d'une maison de production de film pour produire le travail. « Nous ne sommes certainement pas les premiers à le faire », explique Silliphant, « bien que nous soyons parmi les premiers d’une demi-douzaine ou plus. Mais nous sommes les premières personnes à avoir pris les arts martiaux dans le bon esprit et tenté de concevoir un film entier sur l'odyssée d'un homme. C’est la découverte d'un homme à la recherche de son âme, en utilisant comme exemple notre surface d'arts martiaux et les différents styles de combat à mains nues ».

6888p

Beaucoup de scènes de combat
Une des particularités que de faire ça une valeur auprès des lecteurs de Black Belt, en plus de la participation de Bruce Lee et l'objet, est le fait qu'ils aient besoin de beaucoup de personnes pour jouer dans le film. Quand ils disent beaucoup de gens, ils ne signifient pas nécessairement une quantité importante, mais plutôt dans certaines écoles de combats. Bruce va agir comme un super directeur de casting et il va vouloir montrer les différents styles de combats dans les arts martiaux avec une absolue authenticité. Ils veulent le meilleur des hommes à la disposition pour jouer un rôle dans le film. De toute évidence, il sera filmé avec beaucoup de scènes de combat.
Une autre facette de cette entreprise est un autre effort prévu par le trio. Ils ont l'espoir de produire un film documentaire qui sera diffusé en même temps que le film avec une campagne de publicité. Ce documentaire est provisoirement prévu pour les téléspectateurs comme une sorte de construction à l'éducation pour le grand public.
Une certaine forme d'éducation du public peut être nécessaire pour le film pour qu’il soit compris. Les subtilités de l'homme à travers l'évolution des arts martiaux peuvent être perdues. Mais Coburn, Lee et Silliphant sont les hommes qui élaborent une méthode de transfert de toutes les souffrances et des efforts déterminés pour leur film héroïque. Ils espèrent être en mesure de projeter non seulement une histoire de film, mais aussi le sentiment et l'âme des arts martiaux et l'artiste. En utilisant la vue, le son et l'identification du public au héros, l'espoir est de représenter tout un point de vue différent des arts du combat, tout comme le film "Easy Rider" l’a fait pour la moto. Pour chaque artiste martial soucieux, nos espoirs sont avec eux.
Entre-temps, le trio travaille sur les détails du film et devrait être en production d'ici le début de l'année prochaine. Bruce scrute le pays pour une possible utilisation d’artistes martiaux, et sera directeur technique des scènes de combat, tandis que Stirling Silliphant révise le script. James Coburn affine la coordination du tout, et analyse la nature des personnages comme un réalisateur-producteur. Les stars du spectacle seront Coburn en tant que premier rôle et Lee le second.
Si cette production se révèle être un succès, Silliphant et Lee créeront une boîte de production où ils seront spécialisés dans les films d'arts martiaux.

92812_QSILENTFLUTE_477_122_1170lo

Le scénario terminé, Coburn est allé en Italie tourner Il était une fois la révolution de Sergio Leone. Entre temps Bruce, avec une grande parenthèse de liberté jusqu'à l'automne, en a profité pour effectuer plusieurs voyages. Il a d'abord voyagé en Suisse pour donner des cours particuliers à Roman Polanski et lui parler du Projet Leng.

james_coburn_et_la_revolution roman_polan_ski

Extrait de lettres écrites par Bruce à Linda en février 70: "Naturellement je suis allé skier aujourd'hui avec Roman, et bien que je me sois gamellé plusieurs fois, tout le monde dit que j'apprends vite. En fin de compte ce n'est pas aussi amusant que prévu, bien que ce soit une grande expérience que d'être en Europe". (le développement de ses projets cinématographiques  prenant plus de temps que prévu, Bruce Lee avait repris l'enseignement. L'un des clients les plus riches de Bruce fut incontestablement le réalisateur Roman Polanski, dont il avait fait connaissance par l'intermédiaire de son épouse Sharon Tate. Polanski lui demanda de lui donner des cours à Gstaad, en Suisse)
"Plus je vois les gens qui rentrent et qui sortent du chalet de Roman et plus je t'apprécie. La soi-disant jet-set est vraiment d'un ennui total à force de rechercher tous les extrêmes. Accompagner le groupe dans ses virées en boîte m'épuise complètement".
"Le temps glacial et les nuits sans sommeil ont obtenu leur dû. J'ai attrapé la grippe et je me sens misérablement faible, tout particulièrement lorsque je donne mes deux leçons quotidiennes. Il fait trop chaud dans la maison et trop froid dehors et je suis fatigué par l'environnement. Roman me traite vraiment bien, mais sa façon de vivre n'est tout simplement pas la mienne".
"J'écrirai à Jim
(James Coburn)  pour lui expliquer que parce que Roman m'a fait partir si loin, j'étais bien obligé d'y séjourner un moment. J'espère qu'en compagnie de Stirling ils ont fait avancer au mieux notre histoire. En fin de compte ce voyage a été intéressant, j'ai observé une grande variété de gens rentrer et sortir de la maison. Une chose est certaine, je connais Roman un petit peu mieux, et je sens que cela aidera pour de futurs développements. Si ce n'est pas le cas, j'ai de toute façon un ami, et un élève. Il s'est vraiment amélioré dans sa pratique. Je serais de retour le mardi 3 mars, et crois-moi, Roman voulait que je reste encore".


Bruce est ensuite allé à Hong Kong avec Brandon...

Le fameux boxeur chinois Bruce Lee a créé la surprise aujourd'hui à Hong kong en annonçant qu'il projetait de quitter l'univers de la boxe. "Je vais créer une compagnie cinématographique avec James Coburn et Stirling Siliphant", déclare le séduisant professeur de boxe. Bruce a reçu The Star à son domicile de Nathan Road au cours de ses deux semaines de vacances à Hong Kong. "Je suis lassé par la vie de professeur de Boxe. Il est temps pour moi de démarrer des affaires par moi-même". James Coburn et Bruce Lee vont interpréter le premier film de la compagnie que Bruce est en train de créer, et sera intitulé, The Silent Flute. Le tournage débutera prochaînement en Inde. "Nous espérons avoir Roman Polanski comme réalisateur, je lui ai parlé de ce projet en Suisse". (article locale The Star, Hong Kong, avril 70)

...et, à son retour, Bruce a commencé à effectuer une préparation physique intensive pour son rôle dans The Silent Flute, comme il l'a écrit à son ami Jhoon Rhee le 28 mai 70: "Je m'entraîne très dur maintenant pour être au top de ma forme pour le film, en essayant de me surpasser chaque jour".  Mais Bruce fut obligé de stopper le rythme de son entraînement quand, trois jours après, au cours d'un exercice avec des haltères, il s'est blessé le bas du dos comme par le passé, en 64 après une démonstration, et en 68. Bruce effectua un voyage en République Dominicaine avec Jhoon Rhee en vue d'une démonstration TV. A son retour aux Etats-Unis, en août 70, Bruce a continué son entrainement physique pour The Silent Flute quand, quelques jours après, s'est produit un fait qui le marquerait pour le reste de sa vie: il s'endommagea de façon irréversible le nerf de la quatrième vertèbre sacrée en faisant un échauffement avec une barre de 55 kg sur ses épaules. Résultat, il dû rester au lit avec des douleurs terribles plus de trois mois.

Plusieurs mois ont passé. Linda: "Bruce a considéré qu'il ne pouvait plus supporter cette vie sédentaire. Il a repris petit à petit l'entraînement et a recommencé à enseigner. Il eut mal au dos jusqu'à la fin de sa vie, mais de part sa volonté, a décidé de faire comme si la douleur n'existait pas".
Quand il a repris son activité normale en janvier 71, Coburn avait déjà fini son tournage en Italie, et ils étaient prêts à partir en Inde à la recherche de lieux pour son Projet Leng.
(source: "Bruce Lee l'homme derrière la légende")

Les trois hommes (Bruce, Coburn et Silliphant) sont partis de Los Angeles le 29 janvier 71 et sont arrivés à Bombay, où ils ont fait une escale pour aller à New Delhi le 1er février avec l'intention de passer 10 jours pour trouver des endroits de tournage. La situation de pauvreté du pays ne pouvait pas leur échapper. Bruce:
"Je pensais que j'avais vu la pauvreté à Hong Kong lors de mon adolescence, mais la pauvreté à Hong Kong n'est rien comparée avec celle que j'ai vue en Inde. Je ne me suis jamais rendu compte que nous vivions bien jusqu'à ce que je sois là. Les mouches sont partout, la faim est courante. Les gens et les enfants supplient pour de la nourriture, quelques uns étendus le long de routes poussiéreuses, mourant par manque de nourriture. Cela pue et il y a des ordures partout. On a de la pitié pour eux, spécialement pour les enfants, mais on ne peut pas les aider. Si on leur donne à manger ou de l'argent, on créera une ruée d'individus. C'est réellement douloureux".

a7992c81 

Puisque l'Inde était le berceau de quelques arts martiaux, Bruce était très intéressé de voir le potentiel des éventuelles inscriptions pour le film. Un jour, un groupe de pratiquants indiens s'est approché et il leur a demandé de lui montrer ce qu'ils savaient faire. Coburn: "Alors, brusquement, c'est devenu un véritable chaos. Il y avait neuf types qui ont commencé à se battre comme des fous. En quelques minutes un garçon saignait de la bouche. Bruce a levé les mains et s'est écrié: Non! non! arrêtez une minute! regardez ce que je veux. Sans aucun échauffement, Bruce leur a donné une petite démonstration. Ils étaient absolument effrayés. Ils n'avaient aucune conception de ce type de combat. Même moi qui le connaissais pourtant bien, je n'en revenais pas". Quand Bruce a arrêté sa démonstration, ils sont tous tombés à genoux en le suppliant de devenir leur maître. 
Bruce, découragé, a exprimé sa frustration à ses compagnons: "Il me faudrait au moins trois ans pour arriver à entraîner chacun de ces garçons jusqu'à un niveau correct".

silliphant_shoot tghrghrrr 070sk

Au cours du voyage à Bombay, Lee visita une école qui enseignait l'art martial traditionnel indien. La classe n'avait jamais entendu parler de lui. Après que Lee eut donné une démonstration en vêtements de ville, l'instructeur médusé, suivi par ses élèves s'agenouilla devant lui et le salua front contre terre. (source: "Le tao de Bruce Lee" de Davis Miller traduit par Christophe Champclaux)

trip_to_India_6

Au fil du temps, voyager en voiture sur des routes presque infranchissables, la douleur constante dans le dos, la chaleur, la fatigue... les nerfs n'ont pas tardé à lacher. La relation entre Bruce et Coburn est devenue chaque fois plus tendue et la situation a atteint son paroxisme quand dans les différents hôtels où ils logeaient, Bruce voyait comment Coburn recevait un traitement de star tandis qu'ils étaient considérés comme de simples clients. Une fois dans l'hôtel Taj Mahal de Bombay, Bruce qui n'en pouvait plus, est allé se plaindre à Silliphant en lui disant que tous deux méritaient le même traitement que Coburn. Silliphant considérait Bruce avec respect, mais il l'a aidé à voir d'une autre façon. Silliphant: "Je lui ai dit qu'il ne pourrait pas parce qu'il était un chinois dans un monde dirigé par des blancs". Mais j'étais dans l'erreur, et ô combien".

candids364 the_lees_dvd 54233gy

"Le jeu de la mort" pour une bonne part trouve son origine en Inde. Lors du voyage, Bruce découvre des pagodes qui lui donnent des idées. Il imagine le scénario d'un grand combat dans une pagode dont chaque niveau serait surveillé par des gardes tous spécialistes de techniques différentes. (source: Bruce Lee 1940-1973 de Christophe Genet)

bl 20408533 theopsppwe2o dragon_immortel_dvd

Lettre écrite par Bruce Lee à sa femme, en 71:
"Linda, au moment où je t'écris, nous sommes dans une voiture avec Stirling Siliphant et Jim, traversant la campagne indienne. Nous allons rester assis pendant 16 heures à Caro, ajouté aux longues heures où je suis resté assis dans l'avion, ça fait vraiment dur pour mon dos. Cependant, la douleur est moins forte pendant la nuit. En tous cas, c'est une sacrée expérience pour moi. J'espère que tu pourras te joindre à moi au cours du tournage, ça s'annonce vraiment comme une trés belle chose. J'espère que ma mère aura cessé de travailler, et qu'elle aura la possibilité de rester avec les enfants; l'Inde n'est décidément pas un endroit sain pour les enfants. Cela signifie que tu devras passer par Londres. J'espère m'arranger pour que tu puisses avoir un chauffeur si tu restes un jour ou deux pour y faire du shopping ou quoi que ce soit d'autre. Nous voici en bordure du désert (cela fait maintenant quatre heures que nous roulons) et la température augmente de plus en plus. Naturellement la nuit sera glaciale. Dans la dernière ville où nous sommes passés, nous avons séjourné dans un palais transformé en hôtel et nous avons des suites royales. La propriété s'étendait sur trois hectares, je t'en raconterai plus à mon retour. Bien je m'arrête ici car écrire dans la voiture commence à me donner la nausée. Crois-moi, la route est terrible! et la conduite est un cauchemar, attends d'en faire l'expérience". (ce que Bruce ne dit pas dans cette lettre, c'est qu'il ne digéra pas la différence de traitement entre Coburn et lui. A Los Angeles, Bruce et Jim entretenaient, depuis deux ans et demi, des rapports égalitaires et cordiaux basés sur une reconnaissance mutuelle de leurs talents respectifs. Lors de ce voyage en Inde, leur relation fut affectée par l'attitude des tiers à leur égard. Les officiels du cinéma indien, tout comme les hôteliers, traitaient Coburn comme une grande star internationale, ce qu'il était, et Lee comme un parfait inconnu, ce qui correspondait également à une réalité. Bruce vécut très difficilement la chose, et ce différent fut sans doute à l'origine de l'arrêt de la production de La Flûte Silencieuse. Pour Bruce, qui attendait désespérément de percer, ce fut un crève-coeur)

candids356 candids357

Mais les jours passent et les problèmes se multiplient, surtout entre Bruce et James; ils n'ont pas du tout la même façon de voir les choses. Bruce veut rajouter des scènes d'action, plus que n'en voulait son illustre ami; il veut aussi que le héros (Coburn) meure à la fin du film. Or James refuse catégoriquement: pour lui, un héros ne meurt jamais. Ils ne sont pas plus d'accord sur les lieux de tournage... tout les divise ou peu s'en faut. (source: Bruce Lee 1940-1973)

Après dix jours épuisants de pénuries à travers Bombay, New Delhi, Jaipur, Madras, Rajasthan, Goa et de retour à Bombay, Coburn décida qu'il en avait assez et qu'il était temps de retourner aux Etats Unis, et le 11 février 71 ils ont entrepris le voyage de retour.

069gb

Après le voyage, Bruce et Stirling Siliphant pensent que le projet peut encore voir le jour. Mais James fait tout capoter. Bruce: "Il a bousillé le projet alors que j'avais mis tous mes espoirs dans ce film. C'était la chance de ma vie. Si j'avais su, je ne l'aurais évidemment pas choisi comme associé". De retour d'Inde, l'humeur de Bruce est pour le moins variable... il faut dire que les producteurs un jour acceptent son projet, puis le refusent le lendemain. Devant ces interminables atermoiements, Bruce décide de mettre le film de côté. (source: Bruce Lee 1940-1973)

Bruce a raconté à son ami Uyehara: "Coburn a merdé. Il ne voulait pas retourner en Inde, donc il a raconté à la Warner que là-bas il n'y avait aucun lieu intéressant, à cause de cela, le projet s'est trouvé bloqué. C'était l'occasion de ma vie". A leur retour, Silliphant et Bruce étaient disposés à continuer, mais compte-tenu des mauvais rapports avec Coburn et de son retrait, la Warner a décidé d'abandonner définitivement le projet. Avec le refus de McQueen et le retrait de Coburn, Bruce pensait avoir touché le fond et il s'est juré qu'il n'oublierait jamais cela. La situation de Bruce était maintenant critique et l'argent était plus nécessaire que jamais. Il était revenu seulement pour se trouver dans une situation encore pire que la précédente, bien que, comme il l'a écrit à son ami Leo Fong: "L'adversité t'amène à te dépasser,comme un orage très violent, mais après lequel tout repousse. Il y a plusieurs possibilités d'évolution dont je te parlerai le moment venu". (source: Bruce Lee l'homme derrière la légende)


Extrait d'une lettre écrite par Bruce à Leo Fong: "La Flûte Silencieuse progresse vraiment bien. Nous rencontrons quelques problèmes avec les extérieurs, mais on devrait connaître très bientôt la date du démarrage officiel. Le voyage en Inde m'a lessivé".

Faisant face pour la énième fois à l'adversité, Bruce à son retour d'Inde s'était mis à réfléchir à des solutions et il était entré en contact avec le producteur Fred Weintraub, alors chef de la division films de Warner. Bruce était venu le voir avec l'idée de développer une série sur les arts martiaux dans le style western. Le projet s'appelait The Warrior. Pendant qu'on étudiait la faisabilité de The Warrior, Bruce avait toujours besoin de trouver rapidement de l'argent. Heureusement pour lui, une fois de plus Stirling Silliphant a croisé à nouveau son chemin pour l'embarquer dans la série télé Longstreet (produite par Paramount).

Extrait d'une lettre écrite par Bruce à Jhoon Goo Rhee: "Depuis mon voyage en Inde, mon dos va couci-couça. La Flûte Silencieuse est toujours à l'étude chez Warner Brothers. Nous attendons la prochaine étape, c'est-à-dire l'approbation du nouveau budget qui devrait intervenir dans une dizaine de jours, ce qui entraînerait un nouveau voyage et ainsi de suite. A part La Flûte Silencieuse, je vais apparaître en guest star dans une nouvelle série TV intitulée Longstreet. J'ai crée une idée de série TV (The Warrior), et je devrais connaître les premiers échos d'ici deux semaines. Dans le même temps, je travaille sur une autre idée pour un film que je dois faire à Hong kong (un film chinois)".
Extrait d'une lettre à Larry Hartsell en juin 71: "Rien ne s'est développé autour de La Flûte Silencieuse, c'est une question de temps".

(The Warrior fut un concept de télévision que Bruce Lee aida à développer. Malheureusement le producteur de la série le trouva "trop chinois" pour un public occidental. The Warrior de Bruce Lee était un projet bien distinct. Avant d'être un concept pour le pilote d'une série TV, Kung Fu fut un scénario conçu pour un film de cinéma d'une durée de plus de deux heures. L'auteur Ed Spielman, était un scénariste de sitcom passionné par le Kung Fu. Le scénario a été terminé début 70, mais ne se tourne pas et tombe aux oubliettes. Un an plus tard, un employé de la Warner le redécouvre. Le réalisateur Jerry Thorpe en collaboration avec Ed Spielman retravaille le scénario original pour le réduire au format d'un téléfilm pilote de 90 minutes intitulé Kung Fu, The Way of the Tiger, The Sign of the Dragon. Ce pilote fut réalisé en 71 et diffusé en février 72. Bruce Lee dans le même temps avait eu une idée similaire qu'il appela The Warrior, mais contrairement à Spielman, il ne déposa, ni n'écrivit jamais rien. Il tenta donc, d'obtenir le rôle dans la série créée par Spielman. Mais la candidature spontanée de Bruce ne fut jamais prise en considération. Tom Kuhn (en 74): "Nous ne pensions pas que Bruce puisse être une star hebdomadaire de la télévision".

Extrait d'une lettre écrite par Bruce à Leo Fong en juillet 71: "Je viens de terminer le tournage de Longstreet. J'y ai fait de l'excellent travail. Je pars pour Hong Kong dimanche matin pour faire deux films, The Big Boss et King of Chinese Boxer (Fist of Fury). Lorsque je reviendrai, je serai sans doute occupé par le tournage de La Flûte Silencieuse, un film cinéma (avec Fred Weintraub)".

Juste après avoir battu les records au box-office hong kongais, Bruce a voulu téléphoner à Steve McQueen depuis Hong Kong pour se venger et lui annoncer la bonne nouvelle du succés de The Big Boss et lui dire que maintenant il était une grande star. Comme le raconte Pat Johnson, ami et entraîneur personnel de McQueen, Steve ne se trouvait pas chez lui, aussi Bruce lui a laissé le message sur le répondeur. McQueen a décidé de lui faire une blague en lui envoyant une photo de lui avec la dédicace: A Bruce Lee, mon plus grand fan. Steve McQueen. Quand Bruce l'a reçue, il s'est mis en colère et il a appelé de nouveau McQueen pour lui dire qu'il était maintenant une grande star comme lui, qu'il n'était pas son fan et de ne plus jamais l'appeler son fan. Puis il a raccroché. Selon Johnson, McQueen se roulait par terre, mort de rire. (source: Bruce Lee l'homme derrière la légende)


Bruce Lee propose de nouveau à son élève le réalisateur Roman Polanski la réalisation de son film en projet, auquel il pense donner corps dans les deux ou trois ans à venir. Bruce n'imagine pas de confier la réalisation à qui que ce soit d'autre. (source: Bruce Lee 1940-1973)

Polanski_tourne_Macbeth

Lettre écrite par Bruce à Roman Polanski en janvier 1972:
"Cher Roman, J'aurais dû écrire plus tôt, mais les choses vont si vite pour moi. Tu trouveras quelques extraits de presse pour que tu vois comment les choses vont pour moi, ici, en Orient. Je retournerai aux States à la fin de cette année pour parler affaire avec la Warner Brothers. Roman, je t'écris ceci en ami, et tu sais combien je m'implique dans les arts martiaux. "Si" les choses marchent pour moi avec la Warner, serais-tu intéressé de faire pour moi un film d'action et d'arts martiaux chargé de sens? Ce que tu connais des arts martiaux et de moi, ajouté au fait que tu sois un excellent réalisateur (tu as beaucoup d'admirateurs ici en Orient), m'a poussé à t'écrire. Cependant, si tu ne peux pas, ne te formalise pas. Prends soin de toi mon ami".
(lorsqu'il reçut cette lettre, deux ans après leur séjour en Suisse, Polanski venait de tourner en Grande-Bretagne Macbeth, son film le plus noir et le plus violent. Bien qu'ayant, à la manière d'un Kubrick, proposé une lecture personnelle de plusieurs grands genres cinématographiques tels que le fantastique, le film noir, de pirates ou le drame romantique en costumes, Roman Polanski ne fut jamais attiré par les films d'arts martiaux. "Bruce, ce qu'il voulait faire, ce n'était pas bâtir une histoire, mais faire une exhibition de lui-même". Pour motiver son travail sur un genre, Polanski a besoin d'une antériorité historique du genre afin de travailler sur sa propre mémoire de spectateur. Dans la dernière phrase de cette lettre, il est bien indiqué que Bruce avait parfaitement conscience que sa démarche n'avait guère de chance d'aboutir à convaincre Roman de faire un film de Kung Fu. (source: Correspondre avec Bruce Lee- Christophe Champclaux) 


Silliphant est arrivé à l'aéroport de Kai Tak le 10 avril 72 pour tenter d’inciter Bruce à reprendre là où ils avaient laissé un an plus tôt le projet de film The Silent Flute. Arrivé à Kai Tak avec son nouveau partenaire Raymond Chow et les co-stars de la Golden Harvest Nora Miao et Maria Yi, Bruce a été accueilli par les photographes de la presse locale. Silliphant espère relancer le projet car il a de nouveaux producteurs. Cette fois, c’est Bruce qui dit non. (source : Bruce Lee Legends of the Dragon Volume 1 by Steve Kerridge) :

d26db25d hisprivacy62ay1 misc_0729 32miao miaou011hd1kl BN001 misc_1113 014_resize 016_resize misc_0548 misc_0547_AVRIL_72 misc_0759 misc_0551 015_resize  017_resize 018_resize 019_resize 013_resize 012_resize 011_resize misc_0550 misc_0552

Le reporter Florence Chong (dans son journal): "Bruce va probablement jouer avec James Coburn dans The Silent Flute, une production américaine créée par le scénariste Stirling Silliphant. Ce sera un des premiers films d’arts martiaux orientaux réalisé par une société américaine. Monsieur Silliphant a rencontré Bruce à Hong Kong récemment pour discuter du film. Il espère obtenir de la société de production Sagittaire qui a produit le film Melody de financer le film. Le tournage du film est provisoirement prévue pour septembre de cette année ". Bruce Lee était heureux, et pourquoi ne le devrait-il pas? Silliphant a compris la manière dont Bruce a travaillé et la fusion du trio aurait fait une impressionnante combinaison dans la production de The Silent Flute. Silliphant a commenté plusieurs années plus tard: «Il était toujours conscient de son corps et de son art, et il a vécu pour». Au cours de sa visite à Hong Kong Silliphant a examiné la possibilité et l'option de distribution des films de Bruce aux Etats-Unis et a promis de se pencher sur une nouvelle société du nom de Cannon distribution à la demande de Raymond Chow. Bruce comme il s'est avéré n'était pas tellement emballé. Il a estimé que les films étaient trop en lien avec la culture chinoise, et avec une grande possibilité que tous les sens soient perdus dans la traduction. (source : Bruce Lee Legends of the Dragon Volume 1 by Steve Kerridge)

020_resize 20409864 TNEW12fromsmall600948copy 021_resize 022_resize

Extrait d'une lettre écrite par Stirling Silliphant à Bruce Lee le 20 avril 72: "Cher Bruce, je ne peux pas commencer sans te dire combien il est réconfortant de voir ton succès phénoménal. J'espère sincèrement que je serai en mesure de retourner à Hong Kong plus tard cette année et que nous pourrons mettre La Flûte Silencieuse devant les caméras. Crois-moi, je vais y travailler. Je tiens à te remercier et Raymond pour le super accueil. Le dîner était la meilleure cuisine chinoise que j'ai jamais mangé. En ce qui concerne Cannon Distributing Co, ils sont une petite compagnie, nouvelle et apparemment très efficace. Il y a deux ans, ils ont distribué un film appelé Joe et apparemment ont bien travaillé avec. En dépit de cela, je te suggère de ne pas traiter avec eux jusqu'à ce que tu ais l'occasion de comparer leurs performances avec d'autres petites boîtes de distribution similaires qui se forment aux Etats-Unis. C'est quelque chose qui vaut la peine d'enquêter en personne et je suggère que Raymond Chow s'envole pour ici et de rencontrer les différents distributeurs en personne avant de prendre toute décision définitive. Je vais, bien sûr, être heureux de l'aider de toutes les façons que je peux". (source: Bruce Lee Legends of the dragon volume 1)

Ted Wong: "La maison de Bruce à Bel Air avait de nombreux bambous dans le jardin". Bruce: "Peux-tu l'imaginer? tous ces cow-boys à cheval et armés, et moi avec un bâton de bambou vert. Dans les westerns on utilise seulement des armes. Ici nous utilisons tout. C'est l'expression du corps humain". C'était des mots de Bruce en référence à son idée pour la série The Warrior, dans Le Jeu de la Mort (Game of Death), Bruce utilise un bambou vert pour faire face à Dan Inosanto, La Flûte Silencieuse qui s'entend seulement avec l'âme était en bambou, dans son scénario Coup de poing du Sud/Jambe du Nord (Southern Fist/Northern Leg), le bambou allait être très présent, ainsi qu'un autre scénario terminé aurait pour titre Le Conquérant de la Montagne d'Or avec un Bambou. Ce dernier serait presque un acteur avec Bruce et ce n'est pas étonnant qu'il devienne non seulement une allégorie cinématographique , mais un de ses principes de vie. (source: Bruce Lee l'homme derrière la légende de Marcos Ocana)

Depuis quelques années, Fred Weintraub, vice-président créateur de la Warner, avait essayé de mener à bien certains projets avec Bruce, dont le dernier avait été The Warrior, finalement renomé Kung Fu, qui avait eu du succés aux Etats-Unis. Bruce, lui, était devenu le roi du cinéma asiatique et n'avait vraiment plus besoin de prendre part aux projets américains, bien que cela lui soit toujours resté en travers que l'on ne prenne pas son projet en compte et qu'on ne lui donne aucune opportunité. La Flûte Silencieuse était aussi tombée à l'eau et Bruce avait reconverti l'idée dans de futurs scénarios, comme Le Conquérant de la Montagne d'Or avec un Bambou, Coup de poing du Sud/Jambe du Nord y compris indirectement Le Jeu de le Mort.
(source: Bruce Lee l'homme derrière la légende)

Durant le mois de janvier 73, James Coburn et Stirling Siliphant se rendent à Hong Kong pour reparler de La Flûte Silencieuse avec Bruce. Bruce: "Ils ont essayé de me persuader de travailler avec eux sur le projet du film, mais je leur ai dit que j'étais trop occupé. Je ne suis plus intéressé. J'ai déjà trois films à succés derrière moi, j'ai ma propre maison de production (Concord Films) et je peux avoir un million de dollars dans n'importe quelle banque de Hong Kong". Les choses ont changées; maintenant Bruce est en position de force pour tout négocier; c'est une star qu'on courtise. Bruce n'a plus besoin d'eux pour faire son film. Et il n'envisage certainement plus d'être la deuxième tête d'affiche (après Coburn). Bruce en fait en veut toujours à son ancien ami de lui avoir saboter le projet deux ans plus tôt. Mais il n'a pas abandonné pour autant l'espoir de réaliser ce film; il en a parlé à Stirling Siliphant en qui il a toute confiance... mais il n'est plus question de James Coburn.
(source: Bruce Lee 1940-1973)


En janvier 1973, James Coburn et le producteur Elmo Williams arrivent à Hong Kong pour persuader Bruce Lee de tourner leur Flûte silencieuse produit par la Fox:

45c7b57e 136b1717 10XLEECOBURN12 9af352e1 bcbc490c 8NEWJAPBOOK118 Hr70081b1 1ghuik 630cf993 TNEW15fromsmall600951copy XLEECOBURN2 brucelongwaysilent  lee_coburn misc_0663 a8791f28 misc_0563 misc_0737 misc_0445 misc_0569 Hr70078b2 misc_0568 14gcoburnleechow 19coburn_02 hhjmrgtyujlk 21CHINESEBOOK1_04B misc_0757 c09c35e0 12BRUCELEETHEBIOGRAPHY10B 13XLEECOBURN9d misc_0966 18img20070226021502copyus8 7BRUCELEE1940_1973043B misc_0790 15BRUCELEESCRAPBOOK2_40B 16XLEECOBURN9c misc_0570 6XLEECOBURN8b misc_0571 misc_0637  

Réunions entre James Coburn et Elmo Williams de la 20th century Fox avec Bruce Lee et Raymond Chow producteurs de Concord films et Golden Harvest:

MartialArtsPhenomenon44b misc_0386 misc_0296 misc_0390 avocat_coburn_lee_chow XLEECOBURN8e lkmnbfvb MartialArtsPhenomenon2Cc misc_0387 misc_0388 misc_0389

elmo_williams_bruce_lee_james_coburn misc_0672 silentf SILFLUTE3 SILFLUTE4

Le studio américain 20th Century Fox, s'apercevant que Bruce avait un grand avenir, a décidé de se mobiliser pour le mettre dans un projet. Stirling Silliphant avait signé un contrat avec eux qui incluait, entre autres, le scénario de The Silent Flute et ils en ont profité pour envoyer en avril à Hong Kong James Coburn avec l'intention de mettre en avant le projet. Toute son arrogance passée lui a été renvoyée quand celui-ci lui a proposé de réaliser le film et que Bruce l'a rejeté. Il ne se considérait le second couteau de personne et dans une lettre à Coburn, il a écrit: "J'ai parlé avec Stirling et je lui ai dit qu'à aucun d'eux, je ne confierai notre Flûte Silencieuse". Dans cette conversation avec Silliphant, il lui avait dit que maintenant il valait un million de dollars et que, si un jour ce projet s'effectuait, Coburn devrait se contenter du second rôle. (source: Bruce Lee l'homme derrière la légende)

Bruce Lee habillé de sa tunique d'Opération dragon, avec Linda Lee et James Coburn sortant d'une salle de cinéma en avril 1973 pour reparler de leur projet Leng:

  
lee_theatre_04 48014539 112d140a 7a9893bd

Stirling Silliphant: "Longstreet a été la dernière chose faite par Bruce aux Etats-Unis en termes de films, avant de partir pour Hong Kong et en faire d'autres. Je l'ai alors perdu de vue, et je l'ai aperçu la dernière année à Hong Kong pendant que je faisais des recherches pour un autre film". (source: Bruce Lee l'homme derrière la légende de Marcos Ocana)

Lettre écrite par Bruce à Coburn en juin 1973:
"Jim, Je t'ai raté lorsque j'étais à Los Angeles, mais je t'ai laissé chez toi cet habit de "super duper". J'espère que tu l'aimes. Tout est cool ici. J'ai parlé à Stirling et je lui ai dit qu'entre toi et lui, je déposerai notre Flûte Silencieuse entre tes mains. Toutes mes meilleures pensées, et reste cool". (cette lettre à James Coburn prouve que les tensions provoquées par La Flûte Silencieuse étaient appaisées entre Jim et Bruce)

Linda Lee Cadwell (dans sa biographie): «Je pense que Stirling et Jim, ont été quelque peu choqués par la décision de Bruce, et même estimés qu'il était sous pression, après tout, c'était Bruce qui avait commencé le projet dans son ensemble, mais à ce moment-là, il y avait beaucoup d'autres demandes sur Bruce. Tout le monde le voulait et le rôle lui-même aurait été un pas en arrière pour lui. Il n'a jamais été ressenti pour autant que Bruce était en cause, mais la situation avait changé et il pensait que Jim et Stirling, étant deux professionnels expérimentés eux-mêmes, auraient été les premiers à reconnaître que leur propre décision aurait été semblable si ils avaient été placés dans la situation de Bruce ".

James Coburn: "La dernière fois que je l'ai vu (Bruce), juste avant sa mort, il commencait à peine à s'habituer à la gloire, ce qui n'est pas une chose facile. Cela vous amène à faire beaucoup de choses qu'ensuite vous aimeriez bien n'avoir pas faites". Malgré ce problème d'ego, Bruce conservait encore toute son affection à James. (source: Correspondre avec Bruce Lee- Christophe Champclaux)

coburn_et_mcqueen

 

Eloge funèbre prononçée par James Coburn: "Adieu frère. Ce fut un honneur de partager cet espace de terre avec toi. Comme ami et comme professeur, tu as réconcilié en moi le physique, le spirituel et le psychologique".

Les personnages du scénario The Silent flute:

« LE LIVRE » :

« Le Livre », la bible de l’art martial, supposée contenir la doctrine secrète la plus profonde du combat à main nue. Tous les dix ans un concours est tenu pour sélectionner le « Gardien du Livre », si aucun gardien ne peut survivre aux trois épreuves et trouver son chemin jusqu’à l’île.

CORD – LE CHERCHEUR :

(JAMES COBURN)

Un conservateur de l’art martial qui en fait plutôt un but qu’un processus, et une fin plutôt qu’un moyen. Il vit l’art martial, il respire l’art martial. Il jure d’obtenir « Le Livre » et devenir le meilleur artiste martial. Cette histoire raconte le voyage de son âme -une Odyssée, une Quête- de la première rencontre avec Ah Sahm, l’homme aveugle, jusqu’au duel avec l’Homme-Rythme, au rejet du « Livre » et sa confrontation finale qui lui apporte l’éclaircissement.

james_coburn_CORD

L’HOMME AVEUGLE

AH SAHM :
(BRUCE LEE)

Un chinois aveugle qui peut percevoir ce que les gens ne voient pas. Un homme éclairé qui a transcendé l’art martial et qui est le miroir qui reflète l’âme d’un homme –il est le subconscient de Cord lui-même, l’alter ego de Cord- son visage avant la naissance.

Snapshot051

L’HOMME-RYTHME

CHANGSHA :
(BRUCE LEE)

Un maître habile de l’art martial. Il a le rythme dans le rythme cassé et vice versa. Ses émotions explosives et sa dépendance sur les instruments de musiques externes pour « s’allumer » le mène par la suite à sa défaite.

 changsha_bruce_lee

L’HOMME-MÉCANIQUE

SHABANI :
Le frère moine de Cord qui le guide –bien qu’à contrecœur- dans la première des Trois Épreuves.

 

L’HOMME-SINGE :

(BRUCE LEE)

Le premier adversaire terrifiant de Cord. Ego –la Première Épreuve.

 

TARA :
Une fille qui conduit Cord à travers l’amour rituel du Yoga Tantrique –et lui enseigne l’ultime signification de l’amour –la Deuxième Épreuve.

 

L’HOMME-PANTHERE :
(BRUCE LEE)

La Mort –la Troisième Épreuve.

 

YAMAGUCHI :
Le gardien du « Livre ». Il symbolise la religion organisée (par exemple, le Pape, l’Église Catholique, ou autre Foi institutionnalisée).

dessin_page_3    yamaguchi

 

HISTOIRE ORIGINALE DU PROJET « THE SILENT FLUTE » PAR BRUCE LEE (traduction de Gabriel Grid)

Dans l’éveil pourpre qui chasse l'aube, à peine visible au loin, la petite image d'un homme qui monte la montagne embrumée. Enfin, il a atteint le sommet. Il reste là, une silhouette solitaire. Soudain, le silence de la matinée est ponctué par le son d'une humble flûte lointaine. Dans le même temps, le soleil se lève comme une grande et lente bulle d'air à travers l'eau découvrant une plus grande surface de peau, nous voyons un homme debout sur un pic, et un autre assis sur un alambic plus élevé, jouant de sa flûte. La lumière augmente, et dans un plan plus proche, l'identité de l'homme debout est révélée: James COBURN. Il regarde l'homme qui est assis sur la crête la plus élevée et il y a un air déterminé sur son visage. Comme il descend la crête, nous remontons dans le temps, révélant les événements qui ont conduit à ce moment.

La salle gigantesque de l'intérieur d'un temple. Au centre deux hommes se battent, l’un, porte une robe rouge, l'autre une jaune. Il y a quatre juges et un arbitre. Face à face et assis en deux rangées séparées se trouve des écoles d’experts en art martiaux, en robe jaune et en robe rouge. Deux moines âgés, l'un vêtu de rouge, l'autre en jaune, sont assis, immobiles, sur un autel. Assis entre ces deux moines, un vieux sage. Il est vêtu d'une robe rouge et jaune. Le but de cet événement est de choisir un champion parmi les robes jaune et rouge de la secte bouddhiste des arts martiaux. Le champion deviendra alors le représentant de la secte bouddhiste pour être le gardien du "Livre", la bible détenant le plus grand secret de l'art martial. Le gardien actuel est YAMAGUCHI.

Enfin, les juges décident que le point va au candidat à la robe jaune, et les deux candidats retournent dans leur groupe individuel. Il y a un bref silence, puis l'arbitre appelle le combat final entre James COBURN, en robe rouge, et le candidat en robe jaune vu dans le combat précédent.

joe_lewis_red_robe

COBURN s'incline devant son adversaire et le combat commence. Les bondissements peu conventionnels de son adversaire créent un problème pour COBURN et il a du mal à le saisir. Enfin, il réussit à marquer un point, cependant, que le combat reprend, l’insaisissabilité de son adversaire le met en défaut. COBURN est à la fois contrarié et frustré et ses émotions se voient dans sa technique. L'adversaire charge tout à coup, et au lieu de la défense classique habituelle, COBURN arrête son adversaire d’un coup de poing frappé à froid. COBURN est immédiatement disqualifié pour son acte violent, et la victime est couronnée champion et représentant de la secte bouddhiste pour la prochaine compétition la plus importante pour être le gardien du "Livre".

COBURN est convoqué à l'autel. Le vieux moine en robe rouge déclare qu'il est suspendu indéfiniment. On sent que COBURN est mécontent, le moine sage supérieur lui dit:

"Vous pensez que dans la vraie vie, vous auriez gagné, parce que l'adversaire est assommé. Eh bien, vous avez raison, en partie raison. Malheureusement, vous ne pouvez utiliser votre coup de poing pour assommer votre adversaire, mais votre poing ne vous a pas encore frappé. Vous êtes hors concours pour YAMAGUCHI, le gardien du "Livre".

COBURN est perplexe, mais il ne peut pas comprendre ce que le moine supérieur veut dire. Il salue et s'en va.

COBURN est sur la route. Ses effets personnels sont enveloppés dans un chiffon rouge attaché à son dos. Il passe par une forêt, et après avoir arpenté la région, il met en place un camp et commence à s’entraîner. Nous pouvons voir la barbe qui commence à pousser sur COBURN, indiquant une certaine longueur de temps d’entraînement. Un jour, alors qu'il s'entraîne, il a tout à coup conscience que quelqu'un le regarde. Il regarde rapidement autour et voit un homme assis qui se confond presque avec les buissons autour de lui. Comme COBURN s’approche de l'homme, il voit qu'il est aveugle, un Chinois dans la vingtaine avancée. Sans se retourner, l’homme aveugle fait des commentaires sur l’entraînement dur de COBURN. COBURN se plaint à lui sur sa situation, et l'aveugle écoute en silence. Il jure qu'il sera un jour le seul possesseur du « Livre » et le meilleur pratiquant des arts martiaux. COBURN constate ensuite que l'aveugle exerce le métier de masseur, et joue de la flûte comme passe-temps. Son nom est AH SAHM et il a installé un camp à côté pour sa retraite. COBURN invite l'aveugle à marcher avec lui et lui demande s’il voudrait le masser après son entraînement quotidien, et AH SAHM accepte volontiers.

Nous voyons COBURN qui pratique une forme classique du style de la robe rouge. Il est dynamique, mais statique et mécanique. Tout à coup, le rythme de la flûte se fait entendre et le mouvement de COBURN prend également un écoulement plus fluide. Il est plus vivant dans l’expression de son mouvement et en harmonie avec la musique. Il est vraiment avec elle et l'homme et la musique fusionnent en un seul.

La journée tire à sa fin et AH SAHM pratique un massage sur COBURN.

La scène suivante on voit COBURN qui médite sous une petite chute d'eau. Il s’entraîne. Le rythme de la flûte se fait de nouveau entendre. COBURN sort de dessous la cascade. Il suit le son et se promène dans les bois. Soudain, la flûte s’arrête et on voit l'aveugle qui nettoie sa flûte. COBURN se tourne et s'arrête, il prend conscience du son des gazouillis des oiseaux, la douce brise du vent, le bruit calme de la nature. Le fort bruit de la cascade est vaguement entendu dans le fond. Bientôt AH SAHM reprend sa flûte, et les oiseaux dans les arbres commencent à se joindre à la mélodie. Certains d'entre eux volent près de AH SAHM et l'un d'eux se pose sur la flûte. La flûte de AH SAHM et le gazouillis des oiseaux fusionnent en un seul. COBURN est fasciné.

Un jour, tout en s’entraînant, COBURN se rend compte que la flûte ne joue pas. Quand il part chez AH SAHM, l'homme aveugle est parti, comme il est apparu, tout à coup et rapidement. Il va lui manquer, mais COBURN doit retourner à son entraînement.

Quelque part dans un désert une tente est temporairement est mise en place. Des gens arrivent sur des chevaux, chameaux, etc. Nous apprenons qu'il s'agit d'une convention zen et artistique où les représentants de tous les styles d’arts martiaux se rencontrent. Les entrées sont définies entre les enseignants et les étudiants. A chaque entrée, un homme annonce le style que la personne représente. Quand COBURN entre et est annoncé, nous voyons les réactions de ceux déjà présents: les représentants en robe rouge et robe jaune. De plus en plus d’instructeurs entrent, et nous constatons que l'ensemble affiche un air digne, rigide et froid typique d’un artiste martial, puis il y a un maître de danse, etc. Parmi les invités qui arrivent il y a l'Homme Rythme, un homme aux cheveux long, et certainement un artiste martial non conventionnel. Il est d'origine chinoise, dans la vingtaine. Il est venu accompagné de plusieurs jolies filles de différentes nationalités (ses concubines) avec en plus plusieurs musiciens. Après lui vient des parasites, pique-assiettes. Il n'attend pas d'être annoncé et marche droit avec son groupe.

COBURN observe la performance des différents maîtres, des pratiquants d’arts martiaux, des musiciens, des chanteurs, etc. Pendant son errance dans la convention, il trouve tout à coup la performance d’une danseuse très intéressante. Les mouvements de cette danseuse sont toujours fluides et son esprit toujours présent. Quand vient la fin d’un de ses mouvements, celui-ci commence à fondre et à couler dans le suivant. COBURN observe intensément, mais ne trouve pas de failles, psychologique ou physique, s'il devait combattre avec cette belle danseuse. Comme il la fixe, COBURN pense avoir trouvé une faille, mais comme il a involontairement tourné sa main, la danseuse se tourne et lui sourit, dissipant son anxieuse anticipation.

Après avoir montré les différentes formes d'arts martiaux du point de vue de COBURN, nous entendons une légère agitation, c’est l'un des adeptes de l’Homme Rythme qui se dispute avec un autre élève de cours d’arts martiaux. L'adepte de l’Homme Rythme revendique que le meilleur art martial n'a pas de vie à l’intérieur, un modèle simple et stérile. Enfin, l'autre instructeur des étudiants se joint à l'argument. L'instructeur commence à faire des déclarations rudes. L’Homme Rythme lui dit que le seul homme vivant qui peut lui parler comme ça est YAMAGUCHI parce qu'il a la connaissance du "Livre". L'instructeur demande un combat pour prouver leurs déclarations. L’homme Rythme accepte volontiers et se retourne en souriant vers son groupe de musiciens.

PREMIER COMBAT 

L'Homme Rythme fait face à un adversaire. Ils s'inclinent et l’adversaire se met immédiatement en position de combat. L’Homme Rythme reste là et regarde son adversaire. Tout à coup, le battement du tambour est entendu, ses musiciens commencent à jouer de la musique. L'Homme Rythme s'anime et se déplace en harmonie avec la musique. Son adversaire est perplexe. Nous allons souvent entrecoupées des plans ici pour voir le sérieux de l'attention que portent les observateurs sur l'Homme Rythme, en particulier COBURN. Les concubines de l’Homme Rythme soupirent et gloussent avec calme. Soudain la musique s'arrête et l'Homme Rythme lance immédiatement une combinaison d'attaques tonitruantes, les claquements des coups de pied et coups de poing brisent le silence. La concentration mentale de l’adversaire est cassée et il est soumis.

DEUXIEME COMBAT

A peine le premier homme parti en défaite, un deuxième homme apparaît. Ils s'inclinent, et son adversaire se faufile rapidement avec une combinaison d'attaques, espérant tirer profit de l'Homme Rythme. Quand l'Homme Rythme arrête l’attaque initiale avec vivacité, la musique reprend une fois de plus. L'attaquant est désespérément crispé dans la cadence de l’Homme Rythme et le poursuit avec des techniques futiles mais fortes. L'homme Rythme s’évade passivement et danse loin des axes et coups de pied de son adversaire. L'homme est vraiment dans le rythme de la scène et il danse partout. Enfin, fatigué de jouer avec la frustration de son adversaire, l'Homme Rythme envoie des attaques dévastatrices. D’une manière experte il bat son adversaire. L’Homme Rythme est vraiment réchauffé par tout cela. COBURN veut tester son habileté parce qu’il est fasciné par l'Homme Rythme. Donc, le combat est prévu. Le combat commence, ils sont à peu près de force égale. Toutefois, le rythme du tambour commence à troubler la concentration de COBURN et l'Homme Rythme commence à être plus fort. (NOTE: Nous pouvons le montrer avec le battement de tambour qui peut prévoir l’intention de COBURN d'attaquer, rendant ainsi COBURN extrêmement conscient). COBURN s’empresse, perdant son équilibre à plusieurs reprises. COBURN est sur le point de perdre. Soudain, un bruit sec et pénétrant se fait entendre. Nous faisons un panoramique dans un coin et voyons que AH SAHM, l'homme aveugle, joue de la flûte. Le son apaisant commence à faire changer l'attitude de COBURN, passant de l'anxiété à une aisance graduelle de la tension. A cet instant, l’arrière plan commence à s’effacer, avec seulement des gros plans de AH SAHM et de l'homme qui tape sur le tambour, COBURN et l’Homme Rythme. La flûte parfois domine et vice versa. COBURN est de plus en plus cool, et l’Homme Rythme coupe son mouvement vers le bas, jusqu'à finalement un arrêt complet. Les deux combattants restent là, et les uns les autres se regardent tandis que continue le combat de la flûte et du tambour. Tout à coup, l’Homme Rythme attaque, mais rapide comme un éclair, COBURN intercepte et l'Homme Rythme faiblie! Toute la musique s’arrête soudainement quand l'Homme Rythme rebondit le plus rapidement comme il peut, s’incline et quitte la salle, avec ses musiciens et ses concubines qui le suivent. Ses autres disciples, voyant leur idole battu, sont en colère contre l'intervention de l'homme aveugle. Ils se liguent rapidement contre lui. Comme COBURN vient en aide à l'homme aveugle, deux des hommes volent et atterrissent en face de lui. COBURN réalise alors que l'homme aveugle n'est pas seulement un maître de la flûte, mais un artiste martial aussi. AH SAHM est entouré, mais les attaquants ne peuvent pas pénétrer sa sensible aura de défense. L'un des assaillants ramasse une sorte d’instrument qui a été laissé et commence à faire des sons forts avec. Le niveau des sons augmente et COBURN surveille attentivement, se tenant prêt à l’aider. Cependant, au milieu du son, l'homme aveugle prend maladroitement le rythme et commence à se déplacer avec celui-ci, un peu comme l'Homme Rythme, excepté qu’il manque de grâce. Puis, en phase avec le son, il fait tomber les attaquants un par un. Enfin, l'homme qui fait tout le bruit est le seul restant. Il s'arrête et regarde l’immobilité de l'homme aveugle et avec un frisson, il fuit.

Sept candidats arrivent à la maison de YAMAGUCHI. (NOTE: Il y aura deux ou trois musiciens supplémentaires qui accompagnent l’Homme Rythme). C'est une maison qui a une simplicité sophistiquée, avec un beau mais simple jardin zen. Un jardinier est en train de travailler; oh, aussi, il a le regard vide d'un simplet. Toutefois, il se brise en un sourire chaleureux quand il voit les invités. Deux jeunes garçons saluent les participants à leur entrée dans la maison. Les garçons les conduisent dans une salle d'attente. Pendant qu'ils attendent, nous pouvons voir des visages familiers: COBURN, l'Homme Rythme, le représentant de la secte bouddhiste, et quelques autres que nous n'avons pas vu. Bientôt, le thé est servi. Comme ils sont assis là, en silence en buvant le thé, les deux garçons apparaissent à nouveau. Ils invitent les invités à entrer dans la salle d’entraînement, mais avant de le faire, le garçon annonce que son maître a demandé que trois des sept candidats doivent retourner encore s’entraîner pour le prochain tournoi qui aura lieu dans cinq ans, car ils ne sont pas vraiment encore au niveau. Le représentant de la secte bouddhiste est parmi les rejetés. Les trois candidats sont laissés, tandis que les quatre autres (plus les musiciens de l’Homme Rythme) entrent dans une autre salle d'attente, située juste à l'extérieur de la salle d'entraînement avec seulement un rideau de séparation à partir du sol. Les quatre sont l’Homme Rythme, COBURN et deux autres. Ils sont assis là encore, silencieux, tandis que les deux garçons les quittent. Les garçons reviennent encore et l'un des candidats est demandé pour passer le rideau dans la salle d'entraînement. Bientôt des hurlements se font entendre, puis de nouveau le silence. Puis on voit un candidat rejeté qui sort sans dire un mot. Les deux garçons reviennent à nouveau et un autre concurrent est demandé. Cette fois, nous n'entendons que l’explosivité de chutes et de coups de pied. Encore une fois il y a un silence, puis on entend une discussion, mais on ne peut pas comprendre en raison de la distance. Ensuite, le candidat marche à reculons et comme il passe le rideau, il fait une profonde révérence, puis abandonne. L’Homme Rythme est le suivant, il entre avec ses musiciens. Bientôt la musique commence, mais seulement brièvement, car il s'agit d'un arrêt brusque. Puis on entend de nouveau parler vaguement, mais comme la voix approche le rideau, on peut entendre YAMAGUCHI dire:

"Le stade ultime de l'activité est l'inactivité; Le stade ultime du combat est le non- combat, et le stade ultime de la musique est sans musique. J’espère vous revoir à nouveau dans cinq ans".

L’Homme Rythme, avec ses musiciens, prend congé. Les deux garçons viennent à nouveau et COBURN est invité à l'intérieur d'une salle d'entraînement magnifiquement propre et spacieuse. On voit YAMAGUSHI qui attend au milieu de cette salle et il est avec ce jardinier qu’on a vu plus tôt hors de la maison. COBURN enlève sa veste et s'incline devant YAMAGUCHI pour se mettre en position de combat. YAMAGUCHI se met également dans sa position, prêt à combattre, et les deux hommes restent et se regardent. L’un des deux porte une expression de regard vide. La sueur commence à couler et la lutte interne commence sans aucun mouvement physique apparent. Aucun « arrêt psychique » peut être fixé soit par un ou par l’autre et ils sont comme le son et l'écho fusionnés en un seul. Soudain YAMAGUCHI se détend, sourit et lui dit que «Le Livre» sera livré dans sa chambre s'il y attend. Il dit que les deux garçons vont lui montrer le chemin, comme il prend sa retraite, et il ramasse les outils de jardin, prêt à retourner au travail, comme si rien ne s'était passé.

LA RENCONTRE FINALE :

COBURN atteint le sommet du pic de plusieurs centaines de pieds où est l'aveugle qui est maintenant encore en train de jouer de la flûte. Soudain AH SAHM arrête de jouer, apparemment il a détecté au loin quelqu'un qui approche, mais reprend à nouveau après une courte pause. COBURN s’approche de plus en plus, comme il atteint bientôt le pic il sort des fléchettes de sa poche. AH SAHM joue encore de la flûte. COBURN pousse un grand cri, comme pour avertir AH SAHM, puis il jette tout de suite plusieurs fléchettes vers lui. Rapidement, l’homme aveugle en écarte une avec sa flûte tout en esquivant les autres. Les deux hommes sont maintenant à quelques mètres l’un de l’autre. Ils se tiennent là, silencieux et face à face dans leur position de combat. Tout ce qui est entendu aujourd'hui est le doux bruit du vent, gazouillis des oiseaux, etc. Rapidement COBURN donnent quelques rapides et fortes techniques tandis que AH SAHM répond avec la sienne. Ils s’interrompent à nouveau et se font face. COBURN n'est pas tendue, mais prêt, ne pense pas, mais ne rêve pas, n'est pas fixé, mais flexible. En substance, il est tout à fait tranquille et en vie, conscient et alerte, prêt à toute éventualité. Un contraste avec ses précédents combats.

Il y a quelques rencontres en plus mais bien que les coups de pied et les coups mortels sont donnés, ils jouent avec désinvolture l’un avec l’autre et profitent de chacun de ces moments. La plupart du temps ils restent juste là avec une brève réaction économique à chaque intention d'attaque ou tout simplement ils reprennent leur respiration. Les deux combattants fusionnent en un seul. Le soleil se déplace, et le jeu de jambes de l'homme aveugle se déplace également, jusqu'à ce que le soleil soit éclipsé par la tête de l’homme aveugle du point de vue de COBURN. Puis, soudainement, comme la tête de AH SAHM se déplace, un flash de lumière couvre tout l’écran, un grand cri remplit les oreilles; quelqu'un a exécuté son mouvement. Avec l'aide d'un hélicoptère le plan remonte très rapidement, de sorte que si nous sommes en mesure de voir un homme perdre le combat, nous ne savons pas lequel a en fait perdu. Le cri s'estompe, aussi la prise de vue prend de la distance. Un autre plan montre le cadre paisible du soleil, le vent qui souffle doucement, le chant des oiseaux, puis la triste mélodie de la flûte.

FIN

silent_flute_joe_lewis_THE_END

 

Discours final du personnage de Cord, tiré de la copie écrite par Bruce du scénario  The silent flute, daté du 19 octobre 1970:

"Je ne souhaite pas posséder,
Pas plus que je ne souhaite être possédé.
Je ne convoite plus le paradis.
Plus important encore, je ne crains pas l'enfer...
Je porte en moi depuis toujours le remède à ma souffrance.
Mais je ne m'en sers pas.
Mon mal vient du plus profond de moi,
Mais je n'en ai pas tenu compte.
Je sais maintenant que je ne verrai jamais la lumière.
Pourtant, comme la chandelle, je suis mon propre carburant,
Et je me consume."

 

Le film inspiré du scénario de Lee, Silliphant et Coburn que Richard Moore réalisa en 78 sous le titre "Circle of iron":

006  dvd_zone_all_version_FR

1FD   007

 

Pour rendre hommage au scénario de Bruce Lee, l'idéal serait de retranscrire fidèlement le scénario de 76 pages, un film d'animation en motion capture à la manière de "La légende de Beowulf" de Robert Zemeckis, et avec Joe Lewis dans le rôle de Cord.

beowulf_motion_capture  joe_lewis_karate

Posté par ARKSINGE EDITION à 16:02 - - Commentaires [0]